19 février 2026
Pelleter des nuages

Illustration : Melody Leblond

En compagnie de Christian Lemay, nous pelletons des nuages en lien avec le jeu de société.

Pelleter des nuages est une expression québécoise qui signifie se préoccuper de questions théoriques en n’ayant aucun sens pratique.

Dans cette émission, nous échangeons avec Christian Lemay autour de sujets variés autour du jeu de société, en proposant chacun une chronique prétexte à discussion.

Twilight Imperium & Fondation

Dans cette chronique, Christian établit les liens entre le cycle Fondation de Isaac Asimov et le jeu Twilight Imperium de Christian T. Petersen.

Analyse & interprétation

Dans cette chronique, partant d’un article de Bruno Faidutti qui traite de l’interprétation des jeux de société, j’explique pourquoi l’analyse et l’interprétation des jeux sont importantes à mes yeux.

L’article de Bruno Faidutti à lire ici.

La vidéo de Amabel Holland citée dans la chronique à regarder ici.

La chronique de Dan Thurot sur Battlestar Galactica à lire ici.

1 réflexion sur “Pelleter des nuages 13 : Twilight Imperium & Fondation – Analyse & interprétation

  1. Je me permets de rebondir sur un point de la discussion qui a suivi la chronique sur l’analyse et l’interprétation, parce que je la trouve (forcément) intéressante : c’est l’interrogation de Christian concernant les « petits » jeux, en citant le Uno, Flip 7 ou le Boggle. J’avoue que ça m’a posé les mêmes soucis quand j’ai commencé à m’intéresser au sujet – j’étais bien embêté quand il s’agissait de réaliser une analyse/interprétation politique du Uno, et je me suis dit qu’il s’agissait là peut-être, justement, d’une des limites à la démarche d’interprétation. Je pense juste que ces jeux appellent de par leur nature d’autres angles d’interprétation.

    Il est bien plus facile de réaliser une interprétation politique d’un jeu de simulation un peu construit qui fait vivre un récit figuratif, que celui-ci soit réaliste ou fantastique. Les jeux abstraits comme les trois cités au-dessus peuvent appeler à mon avis des interprétations beaucoup plus symboliques, voire métaphysiques ou psychologiques plus que politiques (et ce genre d’interprétation est beaucoup plus facilement contestable, moi même le symbolisme à outrance je m’en méfie). Pour le Uno, la mécanique du jeu de défausse produit en jeu une expérience sociale qui n’est pas anodine. Les cartes qu’on a en main ne sont pas des moyens d’action gratifiants, mais des charges dont on cherche à se débarrasser, au passage si besoin en chargeant son voisin. C’est une situation qu’on retrouve énormément dans le quotidien : un processus a merdé dans un contexte professionnel, on cherche à qui la faute, « mais c’est pas moi j’avais renvoyé le mail à la bonne date, c’est Bernard qui ne l’a pas forwardé ». Ce sont nos responsabilités que l’on fuit : admettons qu’on est 4 dans une famille (comme une partie à 4 au Uno), si personne n’a fait la vaisselle, on va charger le petit frère en disant que c’était son tour, comme on lui jouerait une carte +4 au Uno, et les cartes colorées sont autant d’arguments pour ne pas être celui qui sera considéré comme fautif, pour finir par devenir l’innocent à 0 cartes, « celui qui n’a plus rien à se reprocher ». Je retrouve dans le Uno les mêmes sensations que dans ces moments sociaux. Pour moi, le Uno permet de rejouer dans leur essence (et costumées en chiffres et couleurs) nos lâchetés et trahisons du quotidien. Il les rend acceptables par tous et toutes, et comme on y a tous été réduits à un moment ou à un autre, ce petit rite anodin permet de se pardonner, individuellement et collectivement.

    Il y aurait aussi de chouettes analyses à tirer du Boggle. Extraire de l’ordre depuis le chaos de lettres de la boite du Boggle, déjà symboliquement, il y aurait évidemment quelque chose à dire. Ensuite, socialement les jeux de lettre (comme beaucoup de jeux à compétences) sont extrêmement clivants. On peut se rappeler qu’au début du siècle dernier, l’épreuve principale du certificat d’études qui faisait le tri entre ceux qui allaient partir en usine ou dans les champs et les autres était une dictée. Les jeux de lettres permettent de valoriser son capital culturel (pour invoquer Bourdieu qui, comme Eco, peuvent être invoqués sans trop se tromper :p). Socialement, et donc politiquement, c’est pas neutre.

    Et Flip 7, là on est sur du jeu de hasard pur, et notre relation au hasard y aurait des pages à écrire là-dessus (je l’ai fait un peu !).

    Bref. C’était juste pour revenir sur ces petits jeux, parce que je me suis posé les mêmes questions, sur la pertinence de leur interprétation. Mais je pense que ça demande juste un autre angle d’attaque. Super chronique encore une fois. Merci. 🙂

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