{"id":96,"date":"2023-06-25T11:00:33","date_gmt":"2023-06-25T09:00:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/?p=96"},"modified":"2023-07-13T22:21:33","modified_gmt":"2023-07-13T20:21:33","slug":"brass-birmingham","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/2023\/06\/25\/brass-birmingham\/","title":{"rendered":"Brass : Birmingham"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Cette chronique a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9mission \u00ab\u00a0Chroniques 129\u00a0\u00bb de octobre 2021 propos\u00e9e par le podcast Proxi-Jeux.<\/em> <em>Elle a \u00e9t\u00e9 co-\u00e9crite avec Hammer.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Martin Wallace<\/strong> adore les contextes historiques forts pour bon nombre de ses jeux, et <strong>Brass <\/strong>ne fait certainement pas exception. Si le jeu est d\u2019abord sorti en 2007, cette chronique se penche sur <strong>Brass : Birmingham<\/strong>, une nouvelle version sign\u00e9e de <strong>Martin Wallace<\/strong> mais aussi <strong>Gavan Brown<\/strong> et <strong>Matt Tolman<\/strong>, illustr\u00e9e par <strong>Lina Cossette<\/strong>, <strong>David Forest<\/strong> et <strong>Damien Mammoliti<\/strong>. Cette version est parue en 2018 sous l\u2019\u00e9gide de l\u2019\u00e9diteur canadien <strong>Roxley Games<\/strong>, et a \u00e9t\u00e9 localis\u00e9e par <strong>Funforge<\/strong>. C\u2019est un jeu pour 2 \u00e0 4 joueuses \u00e0 partir de 14 ans et des parties annonc\u00e9es \u00e0 30 minutes par joueuse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le plateau de <strong>Brass : Birmingham<\/strong> annonce la couleur en arborant la mention \u201cBlack Country &#8211; 1770-1870\u201d : nous voil\u00e0 donc dans cette Angleterre de la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle, o\u00f9 l\u2019industrialisation s\u2019appr\u00eate \u00e0 naitre et \u00e0 r\u00e9volutionner le monde en un si\u00e8cle. Le travail est alors manuel, artisanal, souvent fait \u00e0 domicile. Les usines n\u2019existent tout simplement pas. La conqu\u00eate des Indes par l\u2019Angleterre et la d\u00e9couverte des \u00e9to\ufb00es de coton, les \u201cindiennes de coton\u201d comme on les appelle alors, va acc\u00e9l\u00e9rer la fabrication traditionnelle du textile, car le tissage de la fibre de coton, jusqu\u2019alors inconnue en Europe, demande des processus techniques plus complexes. En m\u00eame temps, pour la premi\u00e8re fois de son histoire, l\u2019Europe conna\u00eet une croissance d\u00e9mographique, encore faible, mais sup\u00e9rieure aux autres r\u00e9gions du monde. Cette population en expansion est en demande de produits textiles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parall\u00e8lement, les grandes compagnies de commerce n\u00e9es \u00e0 la fin du XVII\u00e8me et surtout au XVIII\u00e8me s ont permis de prendre le contr\u00f4le des mers et d\u2019\u00e9tablir des comptoirs d\u2019escale sur tous les continents. Les marchands europ\u00e9ens se sont enrichis, donnant naissance \u00e0 une bourgeoisie commerciale. Des bourses se sont cr\u00e9\u00e9es dans les pays de l\u2019Europe du Nord. Sur le plan religieux, la religion anglicane se rapproche du calvinisme des Pays-Bas et pr\u00f4ne notamment la \u201cvaleur travail\u201d cens\u00e9e rapprocher l\u2019humain de Dieu. Enfin du c\u00f4t\u00e9 des sciences, c\u2019est aussi l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019on passe de la th\u00e9orie \u00e0 la pratique, la physique et les techniques sont en plein essor. Les inventeurs et les ing\u00e9nieurs se multiplient, la soif de savoir s\u2019acc\u00e9l\u00e8re\u2026 En r\u00e9sum\u00e9, le terreau est incroyablement fertile pour l\u2019\u00e9volution qui va s\u2019en suivre, d\u2019abord en Angleterre puis ensuite dans toute l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais revenons \u00e0 \u201cBrass\u201d puisque le jeu propose d\u2019\u00eatre les t\u00e9moins r\u00e9trospectifs de cette transformation radicale du mode de vie occidental. Examinons un instant le plateau de jeu : le \u201cBlack Country\u201d d\u00e9signe en fait le triangle d\u00e9limit\u00e9 par les villes de Wolverhampton, Dudley et Walsall, au nord-ouest de Birmingham. \u00c0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle, cette zone est devenue l&rsquo;une des plus intens\u00e9ment industrialis\u00e9es du pays. Les mines de charbon du sud du Sta\ufb00ordshire, l&rsquo;exploitation du coke, les fonderies de fer et les aci\u00e9ries qui ont utilis\u00e9 le charbon local pour leurs fours, ont produit un tr\u00e8s haut niveau de pollution de l&rsquo;air qui a peu d&rsquo;\u00e9quivalents dans le monde entier. On dit que le Black Country tient son nom de la pollution de ces industries lourdes, qui a couvert la zone de noir de suie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, les historiens donnent \u00e0 penser qu&rsquo;il est plus probable que le nom existait m\u00eame avant la r\u00e9volution industrielle, car la pr\u00e9sence de charbon pr\u00e8s de la surface aurait rendu le sol tr\u00e8s noir. La r\u00e9gion fut d\u00e9sign\u00e9e en 1868 comme \u00e9tant \u201cblack dy day, red by night\u201d par Elihu Burritt, consul des \u00c9tats-Unis \u00e0 Birmingham : Black (noir le jour) c\u2019est la fum\u00e9e des hauts-fourneaux, Red (rouge la nuit), c\u2019est l\u2019acier rougeoyant qui sort de ces m\u00eames hauts-fourneaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Partons un peu plus au nord pour la r\u00e9gion de Stoke-on-Trent, simplement surnomm\u00e9e \u201cLes poteries\u201d, car c\u2019est un centre de production de c\u00e9ramiques \u00e0 l\u2019\u00e9chelle industrielle depuis le milieu du 18e, avec des entreprises extr\u00eamement connues comme celle fond\u00e9e en 1759 par le potier et entrepreneur anglais Josiah Wedgwood. Celui-ci am\u00e9liorera consid\u00e9rablement la qualit\u00e9 des objets en fa\u00efence et en gr\u00e8s produits dans la r\u00e9gion, ce qui popularisera les objets en c\u00e9ramique aupr\u00e8s des classes moyennes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/brass-birmingham.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-102\" width=\"502\" height=\"502\" srcset=\"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/brass-birmingham.jpg 686w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/brass-birmingham-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/brass-birmingham-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 502px) 100vw, 502px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Continuons vers l\u2019est, en direction de Nottingham et arr\u00eatons-nous \u00e0 Derby (Da\u2019by, notez la prononciation). Non loin de l\u00e0, \u00e0 Cromford, l\u2019ing\u00e9nieur et industriel Richard Arkwright installe la premi\u00e8re filature de coton aliment\u00e9e par des moulins \u00e0 eau, apr\u00e8s avoir brevet\u00e9 en 1769 son m\u00e9tier \u00e0 filer hydraulique, une vraie r\u00e9volution technique. Autodidacte, son succ\u00e8s fut de parvenir, en combinant \u00e9nergie, machinisme et main d&rsquo;\u0153uvre semi-qualifi\u00e9e avec une mati\u00e8re premi\u00e8re nouvelle, le coton, \u00e0 cr\u00e9er plus d&rsquo;un si\u00e8cle avant Henry Ford une production de masse, celle du fil de coton. Ses talents d&rsquo;organisateur ont fait de lui l&rsquo;un des cr\u00e9ateurs du syst\u00e8me industriel moderne. Arkwright, c\u2019est aussi l\u2019un des personnages historiques repr\u00e9sent\u00e9s sur les jetons personnels des joueuses, et dont le livret de r\u00e8gles vous livre une courte biographie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un autre de ces personnages, c\u2019est James Watt. C\u2019est justement \u00e0 Birmingham que cet ing\u00e9nieur \u00e9cossais, associ\u00e9 \u00e0 l\u2019homme d\u2019a\ufb00aires Matthew Boulton, perfectionnera consid\u00e9rablement la machine \u00e0 vapeur pour en faire un moyen de production d\u2019\u00e9nergie fiable et \u00e9conomique, tout en prot\u00e9geant jalousement ses inventions et avanc\u00e9es technologiques de ses concurrents en d\u00e9posant de nombreux brevets, dont certains quelque peu sujets \u00e0 controverse. Il s\u2019av\u00e8re en e\ufb00et que Watt avait parfois tendance \u00e0 s\u2019attribuer les progr\u00e8s invent\u00e9s par d\u2019autres personnes et \u00e0 les faire breveter, avec pour but de freiner les d\u00e9veloppements techniques de la concurrence. D\u00e9j\u00e0 un univers impitoyable ! Quoi qu\u2019il en soit, il faut bien reconna\u00eetre que la machine \u00e0 vapeur fut la source d\u2019\u00e9nergie principale du d\u00e9but de la r\u00e9volution industrielle, dont elle a consid\u00e9rablement accru la capacit\u00e9 de production. Avant elle, l\u2019\u00e9nergie \u00e9tait d&rsquo;origine humaine ou animale, et, pour certaines activit\u00e9s, hydraulique ou \u00e9olienne. La machine \u00e0 vapeur d\u00e9velopp\u00e9e par Watt remplacera ainsi les m\u00e9tiers \u00e0 tisser hydrauliques de Arkwright. Et James Watt est pass\u00e9 d\u00e9finitivement \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 : son nom sera choisi pour l\u2019unit\u00e9 internationale de puissance, lui qui avait aussi introduit la notion de cheval-vapeur pour comparer justement la puissance de ses machines \u00e0 celle de la traction animale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bouclons ce bref tour d\u2019horizon en parlant un peu de Coalbrookdale, plein ouest sur le plateau de jeu. \u201cCoal\u201d, c\u2019est le charbon en anglais, et c\u2019est dans cette localit\u00e9 que Abraham Darby construit le premier haut fourneau au coke pour produire de la fonte d\u00e8s 1709, r\u00e9duisant le co\u00fbt de fabrication de ce m\u00e9tal, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la sid\u00e9rurgie produisait de l\u2019acier en petites quantit\u00e9s, \u00e0 l\u2019aide du charbon de bois, devenu rare et co\u00fbteux \u00e0 cause de son utilisation massive et obligeant les forgerons \u00e0 se d\u00e9placer l\u00e0 o\u00f9 il se trouvait. Ses h\u00e9ritiers continueront d\u2019am\u00e9liorer les m\u00e9thodes de production pour fabriquer des rails en fonte \u00e0 partir de 1767, puis des roues et des rails en fer (\u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il n\u2019y avait pas encore de trains \u00e0 vapeur mais des chariots sur rails tir\u00e9s par des chevaux). Le premier pont m\u00e9tallique nomm\u00e9 Iron Bridge sera construit en 1781 sur le \ufb02euve Severn, non loin de Coalbrookdale.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"266\" src=\"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/640px-The_Iron_Bridge_8542-400x266-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-104\" srcset=\"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/640px-The_Iron_Bridge_8542-400x266-1.jpg 400w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/640px-The_Iron_Bridge_8542-400x266-1-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mines de charbon, usines sid\u00e9rurgiques (par exemple pour fabriquer des machines \u00e0 vapeur), fabriques de c\u00e9ramiques, filatures de coton et autres usines de biens manufactur\u00e9s : voil\u00e0 ce que <strong>Brass : Birmingham<\/strong> vous propose de construire pendant la partie, des industries vraiment repr\u00e9sentatives de l\u2019\u00e9poque, et pourtant il en est une autre que nous n\u2019avons pas encore \u00e9voqu\u00e9e : celle de la bi\u00e8re !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car c\u2019est l\u00e0 la particularit\u00e9 de cette version de <strong>Brass<\/strong>, la pr\u00e9sence de brasseries et de tonneaux de bi\u00e8re qu\u2019il faudra d\u00e9penser pour la construction de certaines des tuiles \u201cindustrie\u201d, pour symboliser l\u2019alimentation des ouvriers. Mais pourquoi boivent-ils donc de la bi\u00e8re ? L\u2019abus d\u2019alcool n\u2019est-il pas extr\u00eamement n\u00e9faste pour travailler dans ces industries naissantes ? La l\u00e9gende urbaine, en quelque sorte, nous raconte que l\u2019eau n\u2019\u00e9tait pas toujours potable \u00e0 l\u2019\u00e9poque et qu\u2019il valait mieux s\u2019en tenir \u00e0 la bi\u00e8re, produit chau\ufb00\u00e9 et donc d\u00e9barrass\u00e9 des germes potentiels, pour \u00e9viter d\u2019attraper le chol\u00e9ra et autres maladies. Mais la r\u00e9alit\u00e9 historique est sans doute plus prosa\u00efque. En fait, il semblerait que c\u2019est surtout parce que la bi\u00e8re \u00e9tait pleine de calories et que les m\u00e9tiers manuels demandaient ce surplus d\u2019\u00e9nergie. Et puis la bi\u00e8re en question \u00e9tait peu alcoolis\u00e9e (&lt; 2.8% = \u201csmall beer\u201d = \u201cpetite bi\u00e8re\u201d). Elle \u00e9tait apparemment non filtr\u00e9e et donc aussi pleine d\u2019\u00e9l\u00e9ments nutritifs. Avec ces m\u00e9tiers manuels, on transpire et on perd beaucoup d&rsquo;\u00e9nergie. Et il semblerait que cette \u201cpetite bi\u00e8re\u201d \u00e9tait un excellent moyen de lutter contre ces deux aspects, \u00e0 des prix tr\u00e8s raisonnables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette nouvelle organisation \u00e9conomique co\u00fbte cher, les investissements financiers sont colossaux : payer des ing\u00e9nieurs, les salari\u00e9s, construire les machines qui \u00e9voluent rapidement, des usines, stocker les mati\u00e8res premi\u00e8res\u2026 Avant la r\u00e9volution industrielle, les outils \u00e9taient peu co\u00fbteux et ils se transmettaient souvent de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration car ils \u00e9voluaient peu. Il faut donc des capitaux pour alimenter ce nouveau syst\u00e8me qui se met en place. Les investissements sont tr\u00e8s on\u00e9reux et il faut donc rentrer \u201cdans ses frais\u201d, ne pas faire faillite. Produire, vendre : les capacit\u00e9s de production ont \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9es par 10 et le commerce mondial avec elles. Et puis, \u00e0 partir de 1850, d\u2019autres pays s\u2019industrialisent comme la France ; la concurrence d\u2019abord nationale devient internationale !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au 18\u00e8me s, c\u2019est surtout un capitalisme familial (comme par exemple pour Sir Richard Arkwright auquel son 2\u00e8me mariage apporte un soutien financier important). Parfois, des industriels s\u2019associent en mettant en commun leur fortune mais des probl\u00e8mes sont toujours possibles en cas de d\u00e9saccord. Au 19\u00e8me si\u00e8cle, se cr\u00e9ent des banques de d\u00e9p\u00f4ts : les banques attirent toutes sortes d\u2019\u00e9pargnants contre des int\u00e9r\u00eats, puis elles pr\u00eatent cet argent collect\u00e9 aux industriels contre aussi des int\u00e9r\u00eats, c\u2019est le cr\u00e9dit industriel. Mais pour les entrepreneurs il faut faire face au bon vouloir de la banque et aux int\u00e9r\u00eats \u00e0 rembourser ! Et c\u2019est la naissance des soci\u00e9t\u00e9s par actions : le capital est obtenu en mettant en vente des petites parts ou actions de l\u2019entreprise contre des int\u00e9r\u00eats proportionnels \u00e0 l&rsquo;argent investi. Achats et ventes se r\u00e9alisent en bourse. L\u2019actionnaire, lui, veut absolument r\u00e9aliser des profits. Et puis, pour r\u00e9sister \u00e0 la concurrence, il reste la possibilit\u00e9 aux entreprises de cr\u00e9er des alliances ou des concentrations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut des moyens importants pour v\u00e9hiculer tant les mati\u00e8res premi\u00e8res vers les usines que les produits manufactur\u00e9s vers les march\u00e9s o\u00f9 les vendre. Et c\u2019est un des aspects bien mis en \u00e9vidence dans \u201cBrass\u201d, dont les parties sont d\u2019ailleurs divis\u00e9es en deux \u00e8res : celle des canaux, et celle du rail. Le Royaume-Uni a \u00e9t\u00e9 le premier pays \u00e0 cr\u00e9er un r\u00e9seau de canaux \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du pays. De 1770 \u00e0 1830, c\u2019est la \u201ccanal mania\u201d, l\u2019\u00e2ge d\u2019or des canaux : des sommes gigantesques sont investies dans le d\u00e9veloppement du r\u00e9seau, qui comptera \u00e0 son apog\u00e9e avec quelque 6400 km de voies navigables. Au d\u00e9but, ce sont des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s qui financent leur d\u00e9veloppement, comme le potier Wedgwood qui y voit le moyen d\u2019acheminer plus facilement les quantit\u00e9s importantes d\u2019argile dont son usine a besoin, et de limiter la casse pendant le transport de ses produits. Bient\u00f4t c\u2019est le Parlement qui l\u00e9gif\u00e8re pour autoriser la construction de tel ou tel canal, pouss\u00e9 par des investisseurs cherchant des profits faciles, le tout dans une ambiance de comp\u00e9tition entre soci\u00e9t\u00e9s rivales et de sp\u00e9culation financi\u00e8re \u00e0 tout crin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 noter que les canaux en question \u00e9taient tr\u00e8s \u00e9troits et les bateaux construits pour y naviguer l\u2019\u00e9taient donc aussi. Ils \u00e9taient hal\u00e9s par des chevaux, qui n\u2019allaient pas vite mais pouvaient ainsi tirer 10 fois le poids qu\u2019ils pouvaient tirer sur terre. Les compagnies qui exploitaient les canaux n\u2019avaient pas le droit de poss\u00e9der leur propre \ufb02otte de bateaux pour \u00e9viter les situations de monopole, mais faisaient payer les op\u00e9rateurs priv\u00e9s qui naviguaient dans leurs eaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019ailleurs, les d\u00e9placements de marchandise par la route \u00e9taient eux aussi soumis \u00e0 p\u00e9age. Les machines n\u00e9cessaires aux usines empruntaient souvent ces voies de communication, c\u2019est pour cela que dans <strong>Brass : Birmingham<\/strong> vous n\u2019avez pas besoin des canaux pour v\u00e9hiculer le fer. Car soyons clair, ce n\u2019est pas le minerai de fer que vous d\u00e9placez mais bien les produits finis des usines sid\u00e9rurgiques tels que les machines \u00e0 vapeur dont on parlait tout \u00e0 l\u2019heure. Des biens de forte valeur qu\u2019il est rentable de v\u00e9hiculer par la route.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et tout comme dans le jeu, les canaux vont peu \u00e0 peu \u00eatre supplant\u00e9s par le rail. Le r\u00e9seau ferroviaire britannique est d\u2019ailleurs le plus ancien au monde. La premi\u00e8re locomotive \u00e0 vapeur pour le transport de marchandises appara\u00eet en 1812. Quant \u00e0 la premi\u00e8re ligne de passagers avec des locomotives \u00e0 vapeur, elle sera ouverte en septembre 1825 entre Stockton et Darlington (couvrant 40 km) dans le nord de l\u2019Angleterre. La locomotive peut atteindre les 30 km\/h, elle est l&rsquo;\u0153uvre de l\u2019ing\u00e9nieur George Stephenson, un autre personnage pr\u00e9sent dans le jeu, et un des p\u00e8res du chemin de fer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 partir de 1830, le d\u00e9veloppement s\u2019acc\u00e9l\u00e8re et donne lieu \u00e0 une \u201crail mania\u201d, comme cela s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 pour le d\u00e9veloppement du r\u00e9seau de canaux 30 ans plus t\u00f4t. Birmingham, la ville centrale du jeu, voit le chemin de fer arriver en 1837, et sera reli\u00e9e \u00e0 Londres l\u2019ann\u00e9e suivante. La ville devient alors la 2\u00e8me plus grande agglom\u00e9ration d\u2019Angleterre apr\u00e8s la capitale. La sp\u00e9culation financi\u00e8re, commerciale et technologique sur le chemin de fer d\u00e9bouche sur des investissements massifs \u00e0 partir de 1844 : en seulement deux ans, 5 700 kilom\u00e8tres de lignes sont construits en Angleterre, par des soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es, l\u2019\u00c9tat achetant les terrains, afin d\u2019assurer une visibilit\u00e9 et d&rsquo;abaisser le co\u00fbt total de l\u2019investissement. Au total, 10 000 kilom\u00e8tres de rail sont pos\u00e9s en trois ans en Angleterre entre 1844 et 1846 soit plus de la moiti\u00e9 du r\u00e9seau actuel britannique !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce monde industriel est essentiellement masculin. Rares sont les femmes de cette \u00e9poque dont l\u2019Histoire a retenu le nom, comme trop souvent, mais il y en a tout de m\u00eame quelques-unes qui se sont distingu\u00e9es par leur caract\u00e8re bien tremp\u00e9, et on ne peut que f\u00e9liciter l\u2019\u00e9diteur <strong>Roxley Games<\/strong> d\u2019avoir inclus deux personnages f\u00e9minins dans son livret de r\u00e8gles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re, c\u2019est Eliza Tinsley, n\u00e9e en 1813 \u00e0 Wolverhampton : de nombreux d\u00e9c\u00e8s masculins dans sa famille l\u2019am\u00e8nent \u00e0 prendre en charge l\u2019entreprise familiale en 1851 quand elle se retrouve veuve. L&rsquo;usine fabrique des clous, des rivets, des cha\u00eenes et des ancres de bateaux. Ce n\u2019est donc pas elle qui a cr\u00e9\u00e9 son entreprise, c\u2019est par un concours de circonstance qu\u2019elle devient \u201cbusinesswoman\u201d. Elle a d\u00e9velopp\u00e9 son entreprise qui employait en 1871 4000 ouvriers et surtout ouvri\u00e8res. Elle \u00e9tait intraitable avec les gouvernements qui voulaient l\u00e9gif\u00e9rer pour interdire ces m\u00e9tiers aux femmes. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment par philanthropie, car les femmes et les jeunes filles \u00e9taient moins pay\u00e9es que les ouvriers masculins !<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/damien-mammoliti-00-dm-portrait-elizatinsley.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-105\" width=\"356\" height=\"254\" srcset=\"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/damien-mammoliti-00-dm-portrait-elizatinsley.jpg 980w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/damien-mammoliti-00-dm-portrait-elizatinsley-300x214.jpg 300w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/damien-mammoliti-00-dm-portrait-elizatinsley-768x549.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 356px) 100vw, 356px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On peut aussi parler de Eleanor Coade : elle est n\u00e9e dans une riche famille de marchands. Elle a appris beaucoup de sa grand-m\u00e8re qui a dirig\u00e9 l\u2019entreprise textile familiale de 200 personnes ; on l\u2019avait accus\u00e9e d\u2019avoir recours \u00e0 de l\u2019espionnage industriel pour acqu\u00e9rir de nouvelles techniques ! Eleanor dirige \u00e0 30 ans sa propre draperie \u00e0 Londres puis une entreprise de pierres artificielles et de c\u00e9ramique. Elle n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 s&rsquo;associer \u00e0 plusieurs cr\u00e9ateurs, architectes, modeleurs. Cette femme de caract\u00e8re a d\u00fb se battre dans ce monde industriel, n\u2019h\u00e9sitant pas un jour \u00e0 renvoyer son directeur qui proclamait haut et fort qu\u2019il \u00e9tait le v\u00e9ritable \u201cpatron\u201d de l\u2019entreprise !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant la r\u00e9volution industrielle, l\u2019\u00e9conomie \u00e9tait surtout fond\u00e9e sur le travail ; mais les industries demandant beaucoup de capitaux, c\u2019est l\u2019Argent qui devient le moteur \u00e9conomique, l\u2019\u00e9l\u00e9ment indispensable. Et seule la bourgeoisie commerciale qui a fait fortune dans le commerce triangulaire (esclavage) et celui des \u00e9pices poss\u00e8de assez d\u2019argent pour investir dans les industries et donc s\u2019enrichir encore plus. La R\u00e9volution industrielle permet donc le triomphe de la Bourgeoisie gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019Argent qu\u2019elle a h\u00e9rit\u00e9 de ses anc\u00eatres marchands.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De nouvelles th\u00e9ories \u00e9conomiques apparaissent comme \u00ab le Lib\u00e9ralisme \u00bb : toute personne peut cr\u00e9er des richesses profitant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 sous forme d\u2019emplois en ob\u00e9issant \u00e0 la loi de l\u2019o\ufb00re et de la demande. En fait, cette illusion ne profite qu\u2019\u00e0 la bourgeoisie car elle seule peut investir\u2026 Il suffit de regarder les origines des personnages du jeu pour s\u2019en convaincre. Le renforcement de la richesse bourgeoise au XIX\u00e8me s et particuli\u00e8rement en Angleterre, lui donne le pouvoir \u00e9conomique mais aussi de ce fait le pouvoir politique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De profondes modifications apparaissent alors dans le rapport au travail entre les \u201cpatrons bourgeois\u201d qui contr\u00f4lent les moyens de production et dominent, et les ouvriers qui veulent travailler \u00e0 tout prix car n\u2019ayant que leur force de travail pour vivre. Et les conditions de ce travail se durcissent \u00e0 l\u2019extr\u00eame\u2026 Ce nouveau monde industriel ne fait qu\u2019exacerber les in\u00e9galit\u00e9s. Des philosophes, des \u00e9conomistes et m\u00eame des industriels s\u2019indigneront de ces in\u00e9galit\u00e9s, on pense \u00e9videmment \u00e0 Karl Marx, mais on peut aussi en profiter pour citer Robert Owen, un des personnages de \u201cBrass\u201d, l\u00e0 encore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entrepreneur \u00e0 l\u2019or\u00e9e du XIX\u00e8me si\u00e8cle, Owen est sensible \u00e0 la cause ouvri\u00e8re et n\u2019aura de cesse d\u2019essayer d\u2019\u00e9lever les conditions de vie de ses travailleurs, en am\u00e9liorant leurs logements, et en leur donnant les moyens d\u2019acheter des produits de bonne qualit\u00e9 \u00e0 des prix \u00e0 peine sup\u00e9rieurs au prix co\u00fbtant. Mais il connut sa plus grande r\u00e9ussite dans l&rsquo;\u00e9ducation de la jeunesse, chose \u00e0 laquelle il tenait particuli\u00e8rement. Il fut d\u2019ailleurs le cr\u00e9ateur de l&rsquo;\u00e9cole primaire en Angleterre. Dans son usine de New Lanark il ouvrit en 1816 une maison de sant\u00e9 et lan\u00e7a l\u2019ann\u00e9e suivante le slogan \u201c8 heures de travail, 8 heures de loisir, 8 heures de sommeil\u201d. L\u2019usine devint un lieu de p\u00e8lerinage pour les r\u00e9formateurs socialistes et les hommes d\u2019\u00c9tat de nombreux pays. Les travaux d&rsquo;Owen \u00e9taient bien per\u00e7us comme ceux d&rsquo;un philanthrope, avec cette di\ufb00\u00e9rence due \u00e0 sa modernit\u00e9, son originalit\u00e9 et son d\u00e9sint\u00e9ressement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9volution industrielle a fa\u00e7onn\u00e9 l\u2019Europe et a permis \u00e0 la Grande-Bretagne d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une position exceptionnelle dans l\u2019\u00e9conomie mondiale, lui assurant un \u201cr\u00e8gne de presque un si\u00e8cle et demi sur les activit\u00e9s \u00e9conomiques\u201d. Mais ce r\u00e8gne s\u2019accompagne \u00e9galement de r\u00e9volutions sociales peu b\u00e9n\u00e9fiques \u00e0 la population la plus modeste (on relira Dickens en cas de doute) ainsi que de transformations durables sur l\u2019environnement naturel et les paysages, y compris par le d\u00e9veloppement de la pollution.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>En conclusion&#8230;<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais si on a \u00e9voqu\u00e9 la sid\u00e9rurgie, les filatures de coton et de poteries, pourquoi le jeu s\u2019appelle-t-il <strong>Brass<\/strong>&#8230; Certes, en anglais cela d\u00e9signe le laiton, mais l\u2019explication est sans doute ailleurs. Car depuis le XVI\u00e8me si\u00e8cle dans le nord de l\u2019Angleterre, <em>Brass<\/em> c\u2019est aussi un mot d\u2019argot qui d\u00e9signe tout simplement l\u2019argent. En bon connaisseur de l\u2019Histoire, <strong>Martin Wallace<\/strong> a peut-\u00eatre voulu rappeler ainsi que c\u2019est bel et bien la mont\u00e9e en puissance de l\u2019argent comme carburant de l\u2019\u00e9conomie moderne qui r\u00e9sume cette p\u00e9riode qu\u2019il d\u00e9peint dans son jeu.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Brass : Birmingham est un jeu de Martin Wallace, Gavan Brown et Matt Tolman, illustr\u00e9 par Lina Cossette, David Forest et Damien Mammoliti. Il est \u00e9dit\u00e9 par Roxley Games et localis\u00e9 en France par Funforge.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":103,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[40,45,44,47,41,43,20,42,46],"class_list":["post-96","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cest-lhistoire-dun-jeu","tag-brass-birmingham","tag-damien-mammoliti","tag-david-forest","tag-funforge","tag-gavan-brown","tag-lina-cossette","tag-martin-wallace","tag-matt-tolman","tag-roxley-games"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/96","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=96"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/96\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":169,"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/96\/revisions\/169"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/103"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=96"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=96"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=96"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}