{"id":54,"date":"2023-06-18T11:56:12","date_gmt":"2023-06-18T09:56:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/?p=54"},"modified":"2023-07-13T22:17:03","modified_gmt":"2023-07-13T20:17:03","slug":"londres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/2023\/06\/18\/londres\/","title":{"rendered":"Londres"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Cette chronique a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9mission \u00ab\u00a0Chroniques 123\u00a0\u00bb de janvier 2021 propos\u00e9e par le podcast Proxi-Jeux.<\/em> <em>Elle a \u00e9t\u00e9 co-\u00e9crite avec Hammer.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>1666\u2026. une ann\u00e9e qui ferait frissonner les plus superstitieux d\u2019entre nous. Une ann\u00e9e qui ne nous \u00e9voque pas forc\u00e9ment grand chose \u00e0 nous petits frenchies amateurs de cuisses de grenouille.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pour nos voisins grands-britons, pas de doute 1666 est une ann\u00e9e qui r\u00e9sonne parce qu\u2019elle a connu un \u00e9v\u00e9nement particuli\u00e8rement destructeur pour la capitale anglaise. En e\ufb00et, en septembre 1666 un terrible incendie va ravager pendant plusieurs jours le centre de Londres. Ce fait divers va \u00e9galement r\u00e9v\u00e9ler les peurs et luttes politiques de l\u2019\u00e9poque, entre fausses accusations, x\u00e9nophobies et con\ufb02its entre le pouvoir royal et le pouvoir de la ville. Enfin, il va \u00eatre le point de d\u00e9part \u00e0 une reconstruction de la ville qui s&rsquo;\u00e9gr\u00e8ne sur plusieurs d\u00e9cennies, voire si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<p>Le grand incendie de 1666 est aussi le point de d\u00e9part d\u2019un jeu de <strong>Martin Wallace <\/strong>dans lequel les joueuses, de 2 \u00e0 4, incarneront justement ces urbanistes et architectes en charge de la reconstruction de la capitale. Un jeu assez logiquement nomm\u00e9 Londres, \u00e9dit\u00e9 originellement en 2010 par<strong> Treefrog Games<\/strong>, puis r\u00e9-\u00e9dit\u00e9 en 2017 par <strong>Osprey Games<\/strong>, la version fran\u00e7aise \u00e9tant parue en 2019 chez <strong>Origames<\/strong>. Il est illustr\u00e9 par <strong>Mike Atkinson<\/strong>, <strong>Natalia Borek<\/strong>, <strong>Przemys\u0142aw Sobiecki<\/strong>. Direction le c\u0153ur de Londres,  ses quartiers populaires et commer\u00e7ants, pour la reconstruction d\u2019une des plus grandes capitales europ\u00e9ennes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019incendie<\/h3>\n\n\n\n<p>Le <strong>dimanche 2 septembre 1666,<\/strong> le feu d\u00e9marre apr\u00e8s minuit dans une boulangerie de Pudding Lane, dont le propri\u00e9taire est Thomas Farriner. L\u2019incendie, probablement au d\u00e9part une \u00e9tincelle qui serait tomb\u00e9e sur une botte de paille, se d\u00e9place vers l\u2019Ouest de la Cit\u00e9 et prend vite beaucoup d\u2019ampleur.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que le roi Charles II ordonne le mise en place d\u2019un coupe feu et la destruction des maisons, Le Lord Maire, Thomas Bloodworth, qui a tout pouvoir dans la cit\u00e9, refuse d\u2019utiliser cette technique (et oui il avait peur des futures plaintes des propri\u00e9taires). Il juge alos l\u2019incendie \u00ab mineur \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le coupe-feu est finalement mis en place mais un vent violent s\u2019est lev\u00e9 ; de plus les d\u00e9molitions sont devenues impossibles car les rues sont d\u00e9sormais bloqu\u00e9es par la population qui fuit emportant meubles \u2026. L\u2019incendie devient hors de contr\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lundi 3 septembre<\/strong>, l\u2019incendie se propage, seule la rive sud est \u00e9pargn\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 la Tamise. Le vent ram\u00e8ne les \ufb02ammes au c\u0153ur de la Cit\u00e9 o\u00f9 se trouve le Royal Exchange (bourse et centre commercial) qui s\u2019embrase.<\/p>\n\n\n\n<p>Une rumeur en\ufb02e alors : l\u2019incendie ne serait pas accidentel mais le fait d\u2019une conspiration. On accuse les Fran\u00e7ais et les Hollandais d\u2019avoir allum\u00e9 le feu et la population lynche les \u00e9trangers qui se trouvent sur son passage. Alors que le Lord Maire quitte Londres, le roi passe outre les autorit\u00e9s de la Cit\u00e9 et son fr\u00e8re patrouille dans les rues pour maintenir l\u2019ordre et aider les \u00e9trangers.<\/p>\n\n\n\n<p>Le <strong>mardi 4 septembre <\/strong>est la journ\u00e9e la plus terrible. Malgr\u00e9 les e\ufb00orts du roi et du duc d\u2019York, l\u2019incendie continue d\u2019avancer : la Cit\u00e9 est compl\u00e8tement d\u00e9truite ainsi que la cath\u00e9drale Saint Paul. La tour de Londres est aussi menac\u00e9e : le roi ordonne l\u2019explosion au canon des maisons qui se trouvent autour pour la prot\u00e9ger. L\u2019incendie traverse la Fleet, rivi\u00e8re qui coule \u00e0 l\u2019ouest de la Cit\u00e9 et menace Whitehall o\u00f9 se tient la Cour.<\/p>\n\n\n\n<p>Le <strong>mercredi 5 septembre<\/strong>, le vent tombe enfin et l\u2019incendie qui se dirige vers l\u2019est se termine aussi gr\u00e2ce \u00e0 des coupe-feu efficaces.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la nuit, les londoniens voient une lumi\u00e8re dans le ciel et croient que 50 000 immigrants fran\u00e7ais et hollandais marchent sur les rescap\u00e9s ! Les violences recommencent dans les rues. Le roi a peur d\u2019un soul\u00e8vement (Charles II a une m\u00e8re fran\u00e7aise, il a \u00e9t\u00e9 en exil en France \u00e0 la cour de Louis XIV et son p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 d\u00e9capit\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p>Le bilan mat\u00e9riel est \u00e9valu\u00e9 \u00e0 environ 10 M\u00a3. On estime qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 incendi\u00e9s 1300 maisons, 87 \u00e9glises, la cath\u00e9drale Saint Paul, la majorit\u00e9 des \u00e9difices publics de la cit\u00e9, 44 maisons de guildes, plusieurs prisons, 3 portes de la Cit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bilan humain para\u00eet moins lourd : on d\u00e9nombre officiellement 10 victimes mais avec la chaleur de l\u2019incendie de nombreuses victimes ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duites en cendre et non comptabilis\u00e9es. En revanche, on compte plus de morts dans les campements provisoires o\u00f9 s\u2019entasse la population chass\u00e9e de la Cit\u00e9 apr\u00e8s l\u2019incendie. Il y a en e\ufb00et entre 70 000 et 80 000 londoniens sans maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Thomas Farriner, le boulanger chez qui l\u2019incendie a d\u00e9marr\u00e9, n\u2019est pas mort dans l\u2019incendie, il a fui avec sa famille par les toits. Il n\u2019est pas inqui\u00e9t\u00e9 et signera m\u00eame le projet de loi accusant un fran\u00e7ais d\u2019avoir d\u00e9clench\u00e9 l\u2019incendie : Robert Hubert qui s\u2019\u00e9tait accus\u00e9 avouera sous la torture alors qu\u2019il ne se trouvait pas en Angleterre le 2 septembre. Hubert fut pendu \u00e0 Tyburn en octobre 1666. Et oui, le nationalisme et la x\u00e9nophobie sont forts envers les catholiques ; le roi lui-m\u00eame est soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir voulu punir le peuple de Londres pour avoir ex\u00e9cut\u00e9 son p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1667, une fois les tensions retomb\u00e9es, le feu fut attribu\u00e9 \u00ab \u00e0 la main de Dieu, le vent et une saison s\u00e8che \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <strong>Londres<\/strong> le jeu, le grand incendie n\u2019est pas un \u00e9l\u00e9ment du jeu lui-m\u00eame. Il est le point de d\u00e9part de la partie, le pr\u00e9texte historique justifiant les actions des joueuses architectes. C\u2019est un \u00e9v\u00e9nement tr\u00e8s important dans l\u2019histoire de l\u2019Angleterre, qui a une dimension symbolique tr\u00e8s forte.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La reconstruction<\/h3>\n\n\n\n<p>Le jeu <strong>Londres <\/strong>propose 3 \u00e9poques de jeu, figur\u00e9es par 3 paquets de cartes, car en r\u00e9alit\u00e9 la reconstruction s\u2018est \u00e9tendue de la fin du XVII\u00e8 si\u00e8cle \u00e0 la fin du XIX\u00e8 si\u00e8cle. Ces cartes repr\u00e9sentent des b\u00e2timents, monuments, constructions ou encore des commer\u00e7ants et artisans, des guildes. Ces cartes que l\u2019on a en main sont les Projets urbains que l\u2019on choisit de d\u00e9velopper.<\/p>\n\n\n\n<p>La reconstruction s\u2019amorce quant \u00e0 elle avec le \u201cRebuilding of London Act 1666\u201d adopt\u00e9 en f\u00e9vrier 1667 pour \u00e9tablir les r\u00e8gles \u00e0 respecter dans la construction des b\u00e2timents<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs plans sont propos\u00e9s. Certains auraient voulu que Londres devienne un centre urbain magnifique avec de larges places, de larges avenues comme le plan con\u00e7u par John Evelyn ou de Christopher Wren ; c\u2019\u00e9tait une r\u00e9organisation radicale de la ville (cette grille sera adopt\u00e9e \u00e0 Philadelphie). Mais beaucoup d\u2019artisans ont quitt\u00e9 la ville et il faut aller vite pour les reloger. De plus, la reconstruction \u00e9tait financ\u00e9e par des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s impatients !<\/p>\n\n\n\n<p>En octobre 1666, le roi et la ville ont nomm\u00e9 des commissaires dont Christopher Wren, pour surveiller le respect des nouvelles r\u00e8gles de construction : largeur des rues, maisons en briques, en pierre ; hauteur r\u00e9duite des maisons, \u00e9paisseurs des murs, utilisation du ch\u00eane qui br\u00fble moins vite, balcons pour faciliter le sauvetage\u2026. avec plus d\u2019hygi\u00e8ne. Mais, pour aller plus vite, on garde le trac\u00e9 des anciennes rues qui sont \u00e9largies et les quais sont rendus plus accessibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce Christopher Wren dont le nom est intimement li\u00e9 \u00e0 Londres est un architecte incontournable de cette reconstruction. Ce n\u2019est donc pas un hasard qu\u2019il constitue l\u2019une des cartes sp\u00e9ciales du jeu qui donne \u00e0 celle qui la joue un pouvoir puissant.<\/p>\n\n\n\n<p>En f\u00e9vrier 1667, la reconstruction d\u00e9bute. Le pouvoir royal cr\u00e9e le corps des \u201csurveyors\u201c qui devaient veiller au respect des exigences et mettre des amendes. Mais, ils ne furent pas remplac\u00e9s et la loi ne fut pas toujours appliqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans Londres, le jeu, les joueuses s&rsquo;att\u00e8lent \u00e0 la r\u00e9novation des districts (Battersea, Hamptead, Kensington) dont elles font l\u2019acquisition, chaque nouveau terrain achet\u00e9 venant remplacer le pr\u00e9c\u00e9dent. Et parall\u00e8lement, elles d\u00e9veloppent leurs Projets urbains en posant les cartes b\u00e2timents, monuments, commer\u00e7ants, qui rapportent parfois des points de prestige et qui ont tr\u00e8s souvent des e\ufb00ets. Bien entendu, ces e\ufb00ets sont en lien avec le libell\u00e9 de la carte : ainsi les commer\u00e7ants et guildes vous rapportent de l\u2019argent, les b\u00e2timents industriels drainent de la pauvret\u00e9 (on va vous en reparler), les monuments rapportent des points de prestige.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"420\" src=\"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/londres-p-image-69835-grande.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-59\" srcset=\"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/londres-p-image-69835-grande.jpg 800w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/londres-p-image-69835-grande-300x158.jpg 300w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/londres-p-image-69835-grande-768x403.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Parmi les cartes monuments, on trouve bien entendu la cath\u00e9drale Saint Paul ( 6 points de prestige) dont la reconstruction est confi\u00e9e \u00e0 Wren. Il faut 35 ann\u00e9es pour achever se reconstruction : l\u2019architecture est un m\u00e9lange de classicisme et de baroque, la coupole est inspir\u00e9e des coupoles de Saint Pierre et des Invalides. Cette coupole est une vraie prouesse avec notamment une galerie des murmures (les mots chuchot\u00e9s s\u2019entendent sur le c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9 \u00e0 34 m). Wren ayant v\u00e9cu jusqu\u2019\u00e0 91 ans, il put voir don \u0153uvre termin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Rapporte \u00e9galement 4 points de victoire le monument comm\u00e9moratif \u00e9rig\u00e9 l\u00e0 encore par Wren pr\u00e8s de Pudding Lane \u00e0 l\u2019initiative du roi. En 1668, les accusations port\u00e9es contre les catholiques ou papistes y sont grav\u00e9es ; elles ne dispara\u00eetront qu\u2019en 1830.<\/p>\n\n\n\n<p>Vos projets urbains, vous pouvez en d\u00e9velopper autant que vous le souhaitez : vous pouvez les empiler sur vos anciens projets ou encore cr\u00e9er de nouvelles piles. Plus vous aurez de piles, plus vous pourrez tirer les b\u00e9n\u00e9fices de ces projets lorsque vous les activez. Mais attention : \u00e0 trop mener de projets en parall\u00e8le, vous vous exposez \u00e0 augmenter la pauvret\u00e9 dans vos Districts.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La pauvret\u00e9 \u00e0 Londres<\/h3>\n\n\n\n<p>Car s\u2019il est un \u00e9l\u00e9ment qui est, lui, bien pr\u00e9sent dans le jeu de <strong>Martin Wallace<\/strong>, c\u2019est la pauvret\u00e9. Vous savez, ces petits cubes noirs mena\u00e7ants qui n\u2019arr\u00eatent pas de venir s\u2019ajouter \u00e0 votre r\u00e9serve personnelle, et dont il vous faudra avoir moins que les autres joueuses autour de la table, sous peine de perdre des points en fin de partie. Vous serez probablement \u00e0 l&rsquo;a\ufb00\u00fbt des cartes qui vous permettront \u00e0 l\u2019occasion de remettre dans la r\u00e9serve g\u00e9n\u00e9rale un ou deux de ces vilains petits cubes, ou \u00e0 l\u2019inverse d\u2019en refiler \u00e0 vos petits camarades. Et la pauvret\u00e9 en Angleterre, et \u00e0 Londres en particulier, c\u2019est bien un probl\u00e8me social pr\u00e9gnant \u00e0 l\u2019\u00e9poque repr\u00e9sent\u00e9e dans le jeu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pays fut en e\ufb00et l\u2019un des premiers \u00e0 instaurer un syst\u00e8me de charit\u00e9 publique, distribu\u00e9e au niveau local mais d\u00e9finie par un cadre juridique national. Deux lois (de 1597 et de 1601) r\u00e9gissent la distribution de l\u2019aide, dont l\u2019organisation est confi\u00e9e aux paroisses, gr\u00e2ce \u00e0 des fonds r\u00e9colt\u00e9s localement et allou\u00e9s aux r\u00e9sidents. Malgr\u00e9 ce cadre l\u00e9gislatif, les variations r\u00e9gionales sont importantes, et \u00e0 Londres la multiplicit\u00e9 des autorit\u00e9s locales dans cette ville d\u00e9j\u00e0 immense pour l\u2019\u00e9poque ne fait que compliquer la gestion de la pauvret\u00e9. Deux types de pratiques coexistent tout au long de la p\u00e9riode : l\u2019outdoor relief, l\u2019assistance dispens\u00e9e au domicile des n\u00e9cessiteux, et l\u2019indoor relief, l\u2019aide distribu\u00e9e dans des \u00e9tablissements ferm\u00e9s, ceux que Charles Dickens d\u00e9crira dans son roman Oliver Twist.<\/p>\n\n\n\n<p>La volont\u00e9 des autorit\u00e9s d\u2019institutionnaliser l\u2019aide aux plus d\u00e9munis gr\u00e2ce \u00e0 des fonds publics est en soi tout \u00e0 fait louable, mais au XVIIIe si\u00e8cle la classe bourgeoise s\u2019inqui\u00e8te du co\u00fbt grandissant de cette charit\u00e9 d\u2019\u00e9tat et attribue la pauvret\u00e9 de certains \u00e0 de mauvaises habitudes de vie ou \u00e0 de la simple paresse. Il y a donc une volont\u00e9 de rendre cette charit\u00e9 institutionnelle la moins attractive possible, pour que les pauvres ne la recherchent pas aussi syst\u00e9matiquement. En 1722, une loi est pass\u00e9e qui autorise les paroisses \u00e0 fournir de l\u2019aide aux plus d\u00e9munis dans des \u201cmaisons de travailleurs\u201d sp\u00e9cialement b\u00e2ties pour eux. En 1776, Londres compte environ 90 de ces maisons, qui abritent plus de 15000 locataires. Les pauvres y vivent dans des pavillons unisexes et les valides doivent s\u2019acquitter de toutes sortes de t\u00e2ches ingrates, par exemple du filage ou de la couture.<\/p>\n\n\n\n<p>La vie dans les maisons de travail varie \u00e9norm\u00e9ment d\u2019une paroisse \u00e0 l\u2019autre. Certaines sont propres et sont des refuges confortables pour les pauvres. Beaucoup procurent de l\u2019\u00e9ducation, prennent soin de la sant\u00e9 de leurs pensionnaires et leur fournissent des v\u00eatements.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais d\u2019autres sont des endroits noirs et sinistres, souvent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment surpeupl\u00e9s. Les r\u00e9sidents sont oblig\u00e9s de porter des uniformes sp\u00e9ciaux ou des badges indiquant leur statut d\u00e9shonorant. Beaucoup de personnes y contractent des maladies et y meurent, pour \u00eatre ensuite enterr\u00e9s anonymement dans des fosses communes. Dans les ann\u00e9es 1750, Jonas Hanway, \u00e9crivain et philanthrope anglais, enqu\u00eate sur ces maisons et d\u00e9couvre que le taux de d\u00e9c\u00e8s des enfants dans les maisons de travail londoniennes est de 90% ! Certains pauvres pr\u00e9f\u00e9raient mourir de faim dans la rue plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre enferm\u00e9s dans ces endroits lugubres\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>En tout cas, ces maisons de travailleurs sont bel et bien pr\u00e9sentes dans le jeu de Martin Wallace au travers des cartes \u00e9ponymes dont l\u2019e\ufb00et, sans surprise, est de vous d\u00e9barrasser de plusieurs cubes de pauvret\u00e9, m\u00eame si la r\u00e9alit\u00e9 historique tend \u00e0 dire que ces maisons avaient parfois pour but de seulement confiner la pauvret\u00e9 dans des endroits ferm\u00e9s, puisque la mendicit\u00e9 et le vagabondage ont \u00e9t\u00e9 combattus avec s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 pendant la p\u00e9riode historique dans laquelle nous plonge le jeu.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, ce ne sont pas les seules cartes qui vous permettront de faire baisser votre pauvret\u00e9\u2026 Beaucoup d\u2019autres cartes repr\u00e9sentent surtout le progr\u00e8s technique et les am\u00e9liorations de la salubrit\u00e9 publique, qui sans doute ont un e\ufb00et b\u00e9n\u00e9fique &#8212; mais indirect &#8212; sur la pauvret\u00e9. En vrac et par exemple, le cimeti\u00e8re de Highgate, ouvert en 1839 et destin\u00e9 \u00e0 lutter contre la propagation des maladies d\u00fbe \u00e0 la proximit\u00e9 des anciens cimeti\u00e8res du centre-ville. Ou de mani\u00e8re plus \u00e9vidente la carte \u201c\u00e9gouts\u201d, qui symbolise bien cette am\u00e9lioration des conditions de vie des Londoniens.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019au milieu du XIXe si\u00e8cle, la Tamise est un gigantesque \u00e9gout \u00e0 ciel ouvert qui favorise l\u2019apparition des maladies et les \u00e9pid\u00e9mies, comme celles de chol\u00e9ra. Les premiers projets pour un syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9gouts dignes de ce nom datent des ann\u00e9es 1700 mais le co\u00fbt aura toujours rebut\u00e9 les gouvernements successifs, jusqu\u2019\u00e0 cet \u00e9pisode de l\u2019histoire de Londres qu\u2019on appelle \u201cLa Grande Puanteur\u201d. Pendant l\u2019\u00e9t\u00e9 1858, la chaleur est telle que l\u2019odeur de la Tamise charriant les eaux us\u00e9es est absolument insupportable, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 emp\u00eacher les d\u00e9put\u00e9s de si\u00e9ger. C\u2019est finalement ce qui d\u00e9clenchera un chantier de grande ampleur confi\u00e9 \u00e0 l\u2019ing\u00e9nieur Joseph Bazalgette. Douze ans de travaux, des centaines et des centaines de kilom\u00e8tres de tunnels, 318 millions de briques, 2,7 millions de m\u00e8tres cubes de terre d\u00e9plac\u00e9s et 670 000 m\u00e8tres cubes de b\u00e9ton feront de Londres une ville dot\u00e9e d\u2019un syst\u00e8me d\u2019assainissement moderne dont la qualit\u00e9 de construction lui permettra d\u2019\u00eatre globalement toujours en bon \u00e9tat au d\u00e9but du XXI\u00e8 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>En conclusion&#8230;<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Comme souvent dans ses jeux, <strong>Martin Wallace<\/strong> montre dans <strong>Londres <\/strong>son amour pour les contextes historiques et les moteurs \u00e9conomiques. Car dans <strong>Londres <\/strong>il faudra aussi trouver comment gagner de l\u2019argent, car la reconstruction d\u2019une aussi grande ville, \u00e7a n\u2019est pas gratuit ! L\u2019histoire transpire surtout par les superbes illustrations des cartes du jeu plut\u00f4t que par les m\u00e9caniques mises en \u0153uvre, mais la p\u00e9riode d\u00e9crite s\u2019\u00e9tale sur un grand nombre de d\u00e9cennies et une grande \u00e9chelle, et chacune des cartes peut repr\u00e9senter des projets de grande ampleur.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours est-il que <strong>Londres <\/strong>propose de revivre une partie de l\u2019histoire de cette grande ville d\u2019Europe et d\u2019\u00eatre des architectes efficaces en sachant g\u00e9rer sa main de cartes et surtout en trouvant le bon timing. Lorsqu&rsquo;on y arrive, on a la satisfaction d\u2019engranger des points de prestige qui m\u00e8neront peut-\u00eatre \u00e0 la victoire. Mais on peut aussi sombrer dans la spirale de l\u2019endettement et de la pauvret\u00e9 galopante si nos projets d\u2019urbanisme ne sont pas bien adapt\u00e9s \u00e0 nos quartiers.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Londres est un jeu de Martin Wallace, illustr\u00e9 par Mike Atkinson, Natalia Borek et Przemys\u0142aw Sobiecki. 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