{"id":2575,"date":"2025-11-06T16:00:00","date_gmt":"2025-11-06T15:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/?p=2575"},"modified":"2025-11-27T09:54:48","modified_gmt":"2025-11-27T08:54:48","slug":"meltwater-de-erin-lee-escobedo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/2025\/11\/06\/meltwater-de-erin-lee-escobedo\/","title":{"rendered":"Meltwater de Erin Lee Escobedo"},"content":{"rendered":"\n<p><em><em>Ce texte est la transcription de la chronique propos\u00e9e en podcast dans le format\u00a0<strong>Pelleter des nuages<\/strong>\u00a0(audio dispo<\/em><\/em> <em><a href=\"https:\/\/podcast.ausha.co\/le-point-de-polgara\/s03e10-pelleter-des-nuages-10-offre-demande-et-valeur-une-lettre-d-amour-meltwater\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/podcast.ausha.co\/le-point-de-polgara\/s03e10-pelleter-des-nuages-10-offre-demande-et-valeur-une-lettre-d-amour-meltwater\">ici<\/a>).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Quand j\u2019ai lu <em>Carboard Ghosts <\/em>de<strong> Amabel Holland <\/strong>(a-t-on d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de <strong>Amabel Holland<\/strong> dans ce podcast ? oui c\u2019est une question purement rh\u00e9torique), l\u2019autrice fait notamment r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un jeu de <strong>Erin Lee Escobedo<\/strong>, une autrice qui a beaucoup inspir\u00e9 <strong>Amabel Holland <\/strong>elle-m\u00eame, y compris sur le plan personnel. Ce jeu s\u2019appelle <em>Meltwater<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avoue qu\u2019\u00e0 ce moment de ma lecture, je n\u2019avais jamais entendu parler de ce jeu. Je suis donc all\u00e9e faire un truc compl\u00e8tement fou : j\u2019ai men\u00e9 quelques recherches compl\u00e9mentaires. Oui oui j\u2019ai fait ce truc un peu dingue d\u2019aller me renseigner sur cette personne, son jeu, les propos qu\u2019on pouvait trouver d\u2019elle sur le net. (Petite parenth\u00e8se pour vous donner un tips : renseignez-vous sur les gens, les oeuvres, les \u00e9v\u00e9nements, etc\u2026 \u00e7a permet d\u2019apprendre des choses int\u00e9ressantes et \u00e7a permet de mieux appr\u00e9hender les choses, plut\u00f4t que de se contenter du peu d\u2019informations qui trainent \u00e0 la surface).<\/p>\n\n\n\n<p><em>Meltwater<\/em>, dont le sous-titre <em>A game of tactical starvation<\/em> annonce la couleur (litt\u00e9ralement eau de fonte des glaces, un jeu de famine tactique), est sorti initialement en 2018 et a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par <strong>Hollandspiele <\/strong>(la maison d\u2019\u00e9dition de <strong>Amabel Holland<\/strong>). C\u2019est, \u00e0 ce jour, le seul jeu r\u00e9pertori\u00e9 sur BGG de <strong>Erin Escobedo<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>A la lecture de <em>Cardboard Ghosts<\/em>, j\u2019\u00e9tais vraiment curieuse de savoir de quoi il en retournait avec ce jeu. Parce que dans son ouvrage, <strong>Amabel Holland<\/strong> insistait sur le fait que le propos de ce jeu est de nous faire ressentir l\u2019horreur de ce que nous faisons pour l\u2019emporter : pousser la population de notre adversaire \u00e0 la famine, comme le sous-titre du jeu le laisse entendre<\/p>\n\n\n\n<p>Je fus donc ravie d\u2019apprendre que le jeu b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019une seconde \u00e9dition propos\u00e9e en 2025 par <strong>Capstone Games<\/strong>, dot\u00e9e pour l\u2019occasion d\u2019une couverture \u00e0 la fois magnifique et saisissante, qui sans en d\u00e9voiler les secrets donne d\u00e9j\u00e0 le ton de ce qu\u2019on va y faire. Doutant de la probabilit\u00e9 d\u2019une localisation fran\u00e7aise, je n\u2019ai donc pas h\u00e9sit\u00e9 une seconde \u00e0 me le procurer durant la Gen Con. Et ainsi de pouvoir y jouer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce que je vais essayer de partager aujourd\u2019hui : je vais essayer de vous restituer ce que j\u2019ai \u201ccompris\u201d du jeu et du propos de son autrice dans <em>Meltwater<\/em>. Mais aussi, de la fa\u00e7on dont <strong>Erin Escobedo<\/strong> con\u00e7oit le jeu \u00e0 deux, comme elle l\u2019explique dans une vid\u00e9o passionnante r\u00e9alis\u00e9e par<strong> Amabel Holland<\/strong> et diffus\u00e9e sur sa cha\u00eene YouTube <em>(Player Counts: Scaling in board games<\/em>, qu\u2019on peut traduire par <em>Nombre de joueurs : comment les jeux s\u2019adaptent<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Pr\u00e9ambule : en quoi consiste Meltwater ?<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><em>Meltwater<\/em> est un jeu d\u2019affrontement pour deux joueuses aux allures de wargame puisqu\u2019il propose d\u2019incarner les Etats-Unis ou la Russie, luttant pour survivre sur le territoire hostile de l\u2019Antarctique. Outre la famine, chaque faction doit faire face \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e des radiations d\u00e9clench\u00e9es par la guerre nucl\u00e9aire que ces deux nations ont elles-m\u00eames provoqu\u00e9e. Enfin, des populations r\u00e9fugi\u00e9es neutres rejoignent \u00e9galement l\u2019Antarctique augmentant alors le nombre de bouches \u00e0 nourrir.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater2-768x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2578\" style=\"width:227px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater2-768x1024.jpeg 768w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater2-225x300.jpeg 225w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater2-1152x1536.jpeg 1152w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater2-1024x1365.jpeg 1024w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater2.jpeg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019emporter, il faut an\u00e9antir la faction adverse et \u00eatre seule encore pr\u00e9sente sur le territoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Un tour de jeu \u00e0 <em>Meltwater <\/em>se d\u00e9compose en une phase pr\u00e9liminaire o\u00f9 on tire les cons\u00e9quences du tour pr\u00e9c\u00e9dent, une phase d\u2019actions et une phase de r\u00e9solution de la propagation selon la carte en cours.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tout d\u2019abord, on r\u00e9sout les cons\u00e9quences de la phase pr\u00e9c\u00e9dente : les r\u00e9serves pr\u00e9sentes dans une case irradi\u00e9e sont d\u00e9truites, puis on r\u00e9sout la famine et on constate les pertes \u00e9ventuelles de civils.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, la joueuse joue ses 4 actions parmi : se d\u00e9placer, menacer (permet de forcer un civil \u00e0 se d\u00e9placer), faire pression (recruter les r\u00e9fugi\u00e9s neutres dans sa faction), attaquer (tuer un soldat adverse) et militariser (transformer un civil en militaire).<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, on r\u00e9sout la carte \u00e9v\u00e9nement qui indique o\u00f9 se propagent les radiations et o\u00f9 d\u00e9barquent les r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Je reste volontairement lacunaire dans cette explication car les points les plus notables des r\u00e8gles sont ceux qui vont \u00e9videmment faire l\u2019objet de la premi\u00e8re partie de cette chronique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>1)<\/strong>&nbsp; &nbsp; <strong>Ce que les joueuses ne ma\u00eetrisent pas : les radiations<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>A chaque tour de jeu, la radiation s\u2019\u00e9tend sur le territoire occup\u00e9 par les joueuses. Cette progression r\u00e9pond \u00e0 un sch\u00e9ma repr\u00e9sent\u00e9 sur des cartes \u00e9v\u00e9nements r\u00e9v\u00e9l\u00e9es \u00e0 chaque tour.<\/p>\n\n\n\n<p>Impossible de ne pas penser \u00e0 <em>Pand\u00e9mie <\/em>:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; &nbsp; &nbsp; &nbsp; propagation des radiations \u00e0 la mani\u00e8re des \u00e9pid\u00e9mies,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; &nbsp; &nbsp; &nbsp; quand deux jetons radiation sont pr\u00e9sents sur la m\u00eame case, le territoire devient inaccessible aux survivants (et entra\u00eene la mort de ceux qui s\u2019y trouvent) comme les villes de Pand\u00e9mie deviennent peu \u00e0 peu inaccessibles \u00e0 mesure de leur d\u00e9t\u00e9rioration,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; &nbsp; &nbsp; &nbsp; localisation des radiations en fonction de cartes \u00e9v\u00e9nements,<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait alors imaginer que le jeu inclut une forme de coop\u00e9ration entre les joueuses, dans le cadre de laquelle elles pourraient \u00eatre amen\u00e9es \u00e0 faire front commun contre le syst\u00e8me du jeu.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, la comparaison s\u2019arr\u00eate l\u00e0. Contrairement \u00e0 <em>Pand\u00e9mie <\/em>dans lequel les joueuses peuvent endiguer par leurs actions l\u2019avanc\u00e9e des maladies, aucune des actions offerte aux joueuses ne leur permet de ralentir ou stopper la progression des radiations. Aucune. Une mort certaine attend leurs survivants. D\u2019ailleurs, si le jeu s\u2019\u00e9ternise, tout le monde meurt \u00e0 la fin. La coop\u00e9ration est rendue impossible par le design du jeu si on y joue (elle ne marche selon les explications de l\u2019autrice que si on s\u2019organise de suite sur le plateau pour se r\u00e9partir les stocks de provisions et qu\u2019on arr\u00eate la partie quasi imm\u00e9diatement, avant que les radiations ne progressent).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater3-768x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2579\" style=\"width:251px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater3-768x1024.jpeg 768w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater3-225x300.jpeg 225w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater3-1152x1536.jpeg 1152w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater3-1024x1365.jpeg 1024w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater3.jpeg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Cette mort inexorable qui avance petit \u00e0 petit est ce qui fait monter progressivement la tension entre les joueuses. Si chacune commence de son c\u00f4t\u00e9 du plateau avec ce sentiment que finalement l&rsquo;Antarctique est bien vaste et qu\u2019on devrait pouvoir s\u2019en sortir sans trop de difficult\u00e9, il y a dans le jeu ce point de bascule o\u00f9 on prend conscience (et pourtant on le savait) que le territoire sur lequel nos civils peuvent se tenir se r\u00e9duit lentement mais s\u00fbrement. Un peu comme dans <em>Players Unknown Battle Ground<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Initialement, <strong>Erin Escobedo<\/strong> avait pens\u00e9 \u00e0 la pression d\u00e9mographique plut\u00f4t qu\u2019aux radiations. C\u2019est en pensant aux radiations que le th\u00e8me du jeu lui est venu.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on joue \u00e0 <em>Meltwater <\/em>comme on joue \u00e0 n\u2019importe quel jeu, on sera heureux d\u2019\u00eatre la derni\u00e8re debout. Si on prend un peu de recul, alors on r\u00e9alise que la victoire n\u2019est qu\u2019un sursis.<\/p>\n\n\n\n<p>A cet \u00e9gard, le jeu propose m\u00eame de capituler si on a conscience que c\u2019est foutu, qu\u2019on ne peut pas gagner, cette d\u00e9cision \u00e9tant motiv\u00e9e par l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9pargner nos derniers survivants qui finiront par rejoindre la faction adverse pour ne pas \u00eatre condamn\u00e9s \u00e0 mourir de faim. En proposant ceci, l\u2019autrice prend le contrepied de la strat\u00e9gie du G\u00e9n\u00e9ral Thomas Power. Pour r\u00e9sumer, celui-ci avait une vision tr\u00e8s agressive des conflits et, outre le fait que les vies des populations ennemies n\u2019avaient aucune importance pour lui, les vies de sa propre population n\u2019en avait pas plus si les sacrifier permettait de gagner la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Meltwater <\/em>parle aussi du sort des civils dans les conflits, ceux qu\u2019on ne voit que rarement dans les wargames. <em>Meltwater <\/em>nous dit qu\u2019\u00e0 un moment on peut arr\u00eater cette absurdit\u00e9 parce que de toute fa\u00e7on nous sommes tous vou\u00e9s \u00e0 la mort. Autant \u00e9pargner le plus possible les populations civiles.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>2) Ce que les joueuses ma\u00eetrisent : \u201cl\u2019affrontement\u201d<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Meltwater n\u2019est pas un wargame. Il lui emprunte clairement certains codes. Mais il les tord pour faire vivre aux joueuses une toute autre exp\u00e9rience<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e8me du jeu (un monde post guerre nucl\u00e9aire entre Sovi\u00e9tiques et Etats-Unis) renvoie imm\u00e9diatement \u00e0 tout un imaginaire associ\u00e9 \u00e0 tort ou \u00e0 raison au wargame ou encore \u00e0 <em>Twilight Struggle<\/em>. D\u2019ailleurs, le livret de r\u00e8gles s\u2019ouvre sur une citation de Power qui figure \u00e9galement dans le livret de <em>Twilight Struggle<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab La retenue ? Pourquoi \u00eates-vous si pr\u00e9occup\u00e9s par le fait de sauver leurs vies ? Toute l\u2019id\u00e9e est de tuer ces salauds. \u00c0 la fin de la guerre, s\u2019il reste deux Am\u00e9ricains et un Russe en vie, nous avons gagn\u00e9. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Mais <em>Meltwater<\/em>, contrairement \u00e0<em> Twilight Struggle<\/em>, ne se r\u00e9clame pas d\u2019une v\u00e9racit\u00e9 historique. Il se situe dans un futur dystopique dans lequel la catastrophe nucl\u00e9aire tant redout\u00e9e est survenue. Il n\u2019est pas card-driven avec tout un tas de cartes sur lesquelles de pseudo \u00e9v\u00e9nements historiques surviendraient.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Son asym\u00e9trie est trompeuse. Certes, sur le papier chaque joueuse incarne une nation, Etats-Unis ou URSS. Mais hormis le placement de d\u00e9part des unit\u00e9s qui est fixe et d\u00e9pend de la faction choisie, aucune diff\u00e9rence n\u2019existe entre les deux.<\/p>\n\n\n\n<p>Les actions possibles sont strictement identiques. Aucun pouvoir sp\u00e9cial n\u2019est attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019un plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019autre. La condition de victoire est similaire. Exactement, comme dans <em>This Guilty Land<\/em> nous faisions la remarque que les effets des cartes \u00e9taient les m\u00eames, que l\u2019on joue la Justice ou l\u2019Oppression. Et bien, qu\u2019on soit les Etats-Unis ou la Russie, on joue exactement pareil. Nous sommes exactement les m\u00eames : des humains qui tentent de survivre dans un monde hostile. ce que l\u2019on fait subir \u00e0 l\u2019autre c\u2019est ce que nous subissons nous-m\u00eames. Un moyen aussi d\u2019entrevoir l\u2019absurdit\u00e9 de la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Meltwater<\/em>, la guerre est absurde et elle n\u2019est pas noble. Les wargame nous parlent souvent de batailles h\u00e9ro\u00efques, de combats \u00e9piques, de choix militaires strat\u00e9giques. Ici, il est question des civils qui tentent de survivre au milieu d\u2019un affrontement vide de sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit pas d\u2019un jeu d\u2019affrontement dans lequel on conquiert des territoires. C\u2019est m\u00eame tout le contraire : on lutte pour survivre, et \u00eatre le dernier \u00e0 survivre, sur un territoire qui se r\u00e9tr\u00e9cit petit \u00e0 petit pendant que les ressources alimentaires s\u2019amenuisent.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ailleurs, dans <em>Meltwater<\/em>, on ne se tue pas, ou rarement, on se condamne \u00e0 la famine et \u00e0 une mort in\u00e9luctable, et \u00e7a change tout le ressenti \u00e9motionnel de ce que l\u2019on fait. Ce n\u2019est pas un \u00e9lan spontan\u00e9 mais une d\u00e9cision de gestion, d\u2019optimisation\u2026 et c\u2019est ce d\u00e9calage qui rend l\u2019exp\u00e9rience si d\u00e9rangeante.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater1-768x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2580\" style=\"width:235px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater1-768x1024.jpeg 768w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater1-225x300.jpeg 225w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater1-1152x1536.jpeg 1152w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater1-1024x1365.jpeg 1024w, https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/meltwater1.jpeg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 de nombreux jeux d\u2019affrontement, <em>Meltwater <\/em>n\u2019est pas un jeu cathartique. Il ne nous permet pas de l\u2019\u00e9prouver. Ce n\u2019est pas son propos et c\u2019est sans doute tr\u00e8s bien comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>3) Le face \u00e0 face<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Les jeux \u00e0 deux, lorsqu\u2019ils sont comp\u00e9titifs, sont souvent con\u00e7us comme des jeux d\u2019affrontement. Le jeu \u00e0 deux est l\u2019espace le plus brut, le plus intime pour explorer la comp\u00e9tition et l\u2019opposition. Bien s\u00fbr, <em>Meltwater <\/em>reste un face \u00e0 face. Mais plus qu\u2019un affrontement direct et frontal, c\u2019est un huis-clos \u00e9touffant dans lequel on se regarde dans les yeux pendant qu\u2019on condamne les unit\u00e9s de l\u2019autre \u00e0 la famine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Erin Escobedo<\/strong> explique dans la vid\u00e9o d\u2019<strong>Amabel Holland<\/strong> pr\u00e9cit\u00e9e que pour elle la configuration \u00e0 deux joueuses fait du jeu un espace de conversation : l\u2019une avance un argument, l\u2019autre y r\u00e9pond, et ainsi de suite. <em>Meltwater <\/em>est pens\u00e9 comme un dialogue tendu entre deux personnes. L\u2019intimit\u00e9 du jeu \u00e0 deux devient alors une intimit\u00e9 cruelle, entre deux survivants qui savent d\u00e9j\u00e0 que tout est perdu.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quelques mois, j\u2019avais parl\u00e9 de <em>The Mind<\/em> dans sa configuration \u00e0 deux comme d\u2019un jeu capable de faire ressentir des \u00e9motions proches de celles de la fusion qu\u2019on peut \u00e9prouver dans la relation amoureuse, de cette symbiose, de ces deux rythmes personnels qui cherchent \u00e0 ne faire qu\u2019un.<\/p>\n\n\n\n<p>Et bien <em>Meltwater <\/em>c\u2019est un peu l\u2019illustration de la d\u00e9sunion glaciale, de ce duel froid et distant dans lequel on partage certes un espace mais pour mieux s\u2019y repousser, s\u2019y \u00e9touffer. <em>Meltwater <\/em>c\u2019est un peu une s\u00e9paration, un divorce, qui se d\u00e9roulerait lorsque la relation amoureuse a fait place \u00e0 une hostilit\u00e9 froide et sans aucun reste du sentiment amoureux.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dans une s\u00e9paration, le jeu impose une proximit\u00e9 forc\u00e9e le temps que l\u2019on r\u00e8gle les d\u00e9tails mat\u00e9riels. L\u2019indiff\u00e9rence envers l\u2019autre est sans \u00e9clats : pas de hurlement, juste des petites d\u00e9cisions \u00e9go\u00efstes qui condamnent l\u2019autre. Et le jeu induit un tr\u00e8s fort fatalisme : \u00e0 la fin, il n\u2019y aura pas de r\u00e9conciliation, seulement la certitude qu\u2019un des deux s\u2019effondrera avant l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s y avoir jou\u00e9, avoir lu le carnet d\u2019autrice de <strong>Erin Escobedo<\/strong> et avoir fait quelques recherches compl\u00e9mentaires sur le jeu, je comprends mieux ce que <strong>Amabel Holland<\/strong> en disait.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai gagn\u00e9 \u00e0 <em>Meltwater <\/em>et pourtant je te garantis que je n\u2019en ai tir\u00e9 aucune fiert\u00e9, aucun plaisir. J\u2019\u00e9tais m\u00eame plut\u00f4t mal \u00e0 l\u2019aise et j\u2019avais tout sauf envie de fanfaronner (oui parce que je fanfaronne habituellement quand je gagne).<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai perdu \u00e0 <em>Meltwater<\/em>. Ou plut\u00f4t j\u2019ai capitul\u00e9. J\u2019ai choisi de faire ce que propose<strong> Erin Escobedo<\/strong> \u00e0 la fin des r\u00e8gles du jeu et qui manifestement n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 du go\u00fbt du G\u00e9n\u00e9ral Power : j\u2019ai conc\u00e9d\u00e9 la d\u00e9faite quand je pouvais encore le faire \u201cavec dignit\u00e9\u201d parce que poursuivre le combat pour la survie \u00e9tait devenu encore plus absurde que l\u2019absurde. C\u2019\u00e9tait un peu bizarre. Mais \u00e9tonnamment je m\u2019en suis sentie soulag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Meltwater <\/em>ne cherche pas \u00e0 nous divertir mais \u00e0 nous rappeler que certaines victoires sont illusoires : elles ne sont que des sursis. Parfois jouer, c\u2019est aussi regarder l\u2019absurde en face, celui de vouloir traverser l\u2019inconfort d\u2019un monde o\u00f9 la survie de l\u2019un ne peut exister qu\u2019au prix de la disparition de l\u2019autre.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte est la transcription de la chronique propos\u00e9e en<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2569,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[16,1513],"tags":[1195,1383,1196,1382,1218,1275],"class_list":["post-2575","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-jeux-et-mecaniques","category-pelleter-des-nuages","tag-amabel-holland","tag-capstone-games","tag-cardboard-ghosts","tag-erin-lee-escobedo","tag-hollandspiele","tag-meltwater"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2575","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2575"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2575\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2673,"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2575\/revisions\/2673"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2569"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2575"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2575"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lepointdepolgara.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2575"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}